Muni d’un pullover rouge, les yeux fermés derrières ses lunettes comme dans un esprit d’adoration, GOUSSANOU Baruc Spinoza est un visage phare du gospel au Bénin. Celui que les pairs musiciens surnomment “la destruction”, a réussi à se faire une place dans le cercle très fermé des meilleurs pinceurs béninois de cet instrument dont les origines sont pourtant très éloignées de son porto-novo natal. Scientifique de formation universitaire devenu incontournable dans la production et sur la scène musicale béninoise, celui qui affirme fièrement sa foi en Christ et son amour pour la musique s’est confié à Jeune Chrétien. Il parle avec beaucoup d’honnêteté et de concision de son cheminement et en profite pour s’adresser à ses frères et sœurs musiciens ou choristes.

Jeune Chrétien : Bonsoir Baruc, tu es parmi la crème des crèmes des guitaristes au Bénin. Dis-nous comment est née ta passion pour la musique et précisément pour la guitare.
Spinoza BG : Ma passion pour la musique, je ne sais pas si je vais dire qu’elle est née ou que je suis né avec. Parce que c’est depuis tout petit que c’était comme ça. La petite anecdote, c’est que le premier instrument qu’on m’a offert, c’était un tam-tam et il était plus grand que moi. C’était un petit tam-tam, mais il était plus grand que moi. C’est depuis ce moment que j’avais la passion.
Je me suis mis à la guitare à l’âge de 18 ans. Oui, j’ai fait la musique longtemps sans toucher aux instruments modernes en fait. J’ai fait pendant tout ce temps des instruments traditionnels et je m’y plaisais très bien.
JC : Maintenant, tu es littéralement un incontournable sur la scène musicale au Bénin. Comment as-tu fait ?
Spinoza BG : Bon, je ne sais pas si j’ai fait quelque chose pour me hisser sur la scène musicale. Parce que c’est venu tout seul. C’est avec la passion qu’on a commencé à travailler. Et dans le travail, on recherche la qualité, un certain niveau de performance. Donc c’est comme ça, les gens vous découvrent et commencent à vous solliciter, à vouloir de vos services.

JC : Tu n’es pas seulement guitariste, tu es également ingénieur en Eau et Assainissement et tu prépares ta thèse de doctorat. Comment réussis-tu à concilier autant de fonctions à la fois ?
Spinoza BG : C’est une grosse question, parce que ce n’est pas du tout facile. Un bon musicien, c’est quelqu’un qui passe tout son temps à travailler sur son instrument. Du coup, concilier trois choses, c’est comme concilier trois boulots. C’est-à-dire tu es musicien, tu étudies et tu jobbes aussi. Donc ce n’est pas du tout facile, car pour être un bon musicien, il faut l’être à temps plein. Du coup, pour concilier les trois, c’est que vraiment vous gérez votre temps… c’est que vous ne perdez pas du tout le temps. Donc quand vous passez de l’un, vous passez directement à l’autre, parce que vous cherchez la perfection. On peut être musicien et ne pas être très bon. Là, vous n’avez pas besoin de passer tout le temps à travailler. Mais si vous voulez être très bon, il faut tout le temps être en train de travailler sur l’instrument.
Il faut dire, dans la vie, on n’a pas que ces trois choses. Vous avez une vie sociale, vous avez d’autres responsabilités que vous devez assumer. Donc c’est ce qui fait que, personnellement, je n’ai pas beaucoup de temps, ou que j’évite au maximum de perdre mon temps.
J.C : En dehors du temps, as-tu rencontré d’autres obstacles ? Si oui, lesquels ?
Spinoza BG : Les obstacles sur le chemin de la musique. On va dire que, quand vous êtes à vos débuts, on ne vous accorde pas trop de crédit, c’est-à-dire qu’on ne vous donne pas vraiment votre chance. C’est un obstacle tant que vous ne vous jetez pas à l’eau, tant que vous ne vous forgez pas. Moi j’ai transformé cet obstacle. En vrai, c’est le gros obstacle que j’ai eu. Sinon l’autre obstacle est de ne pas pouvoir être à temps plein parce qu’il faut travailler de l’autre côté.
J.C : Mais dis, quelle était la réaction de tes parents voyant ta passion pour la musique ? Ne t’ont-ils pas fait obstacle ?
Spinoza BG : Mes parents ne m’ont pas refusé ou interdit. Mais comme vous le savez, dans notre contexte, quand vous voulez aller sur le chemin de la musique, il y a toujours de réticence parce que la musique ne permet pas de dire qu’on vit très bien financièrement, qu’on gagne assez d’argent pour être très à l’aise.

JC : Tu es un musicien très investi dans l’univers du gospel. Dis-nous quelle différence tu fais entre le musicien chrétien et le musicien ordinaire ?
Spinoza BG : La différence entre les deux est que le musicien chrétien doit apporter une dimension spirituelle beaucoup plus marquée qu’un musicien ordinaire. Parce que lui, il joue dans un contexte vraiment spirituel. Donc là, il doit travailler pour communiquer un esprit à ceux qui l’écoutent pour qu’ils adorent, se recueillent et prient.
JC : Tu exerces aussi en dehors du milieu chrétien. Quelle est la difficulté que tu rencontres dans ce cas ?
Spinoza BG : La difficulté principale que j’ai observée est que le musicien est critiqué quand il utilise ses talents, ses compétences en dehors du cadre chrétien. Et ça peut constituer un problème pour le musicien chrétien. Si le musicien a déjà choisi lui-même d’être dans le milieu chrétien, ce n’est pas un problème.
Également, je pense que le musicien chrétien rencontre une difficulté qui peut être due à la manière d’être de certains. On les considère comme des gens qui ne sont pas assez sérieux. C’est vrai que c’est subjectif. Ce n’est pas appliqué à tout le monde, mais de façon générale, on a l’impression qu’ils ne viennent que pour jouer. Parfois c’est justifié, parfois ce n’est pas justifié.
JC : D’après ton expérience, la musique en vaut le coup ?
Spinoza BG : Oui et Non. Dans le contexte où on est ici au Bénin, si vous voulez être riche, avoir beaucoup d’argent, la musique n’est pas le chemin qu’il faut chercher à prendre. En tout cas pas de la manière classique qu’on connait. La musique à la base, il faut y aller par passion. Mais si c’est pour gagner de l’argent, ce n’est pas la peine d’aller là-bas. Mais dans le cas où c’est dans un contexte différent du nôtre, on peut dire oui.
JC : Pour finir, que souhaiterais-tu dire à tes frères et sœurs chrétiens qui désirent également emprunter ce chemin ?
Spinoza BG : Ce que je pourrai dire à mes frères qui désirent emprunter ce chemin ou qui sont déjà sur ce chemin de la musique, premièrement, c’est d’être conscients qu’ils ne vont pas utiliser la musique pour s’enrichir. C’est quelque chose qu’il faut s’enlever de la tête. Mais plutôt qu’il considère ça comme un talent, un don de Dieu pour pouvoir le servir, mettre ce talent à la disposition de la congrégation.
Également, le conseil que je vais donner qui est très important, c’est qu’il faut que ça travaille sérieusement. Parce que le problème que moi j’ai avec les musiciens chrétiens, c’est qu’ils n’aiment pas travailler. Et c’est général. Ce ne sont pas seulement les musiciens, mais les chorales en général aussi. Les gens se complaisent dans la facilité, la médiocrité. Alors que, en vrai, c’est à notre niveau que ça doit être rigoureux et être de meilleure qualité. Les gens qui font ça pour de faux dieux le font hyper bien, et vous qui dites que vous le faites pour le seul Vrai Dieu, vous le faites avec médiocrité et peu de considération. C’est quelque chose qu’il faut changer. Se dire qu’il faut travailler fort pour être le meilleur possible, pour que Dieu lui-même en voyant, soit fier que ce garçon, cette fille prend au sérieux ce que je lui ai confié.

